La chapelle Saint Félix et Sainte Régule est désignée comme le berceau de Kientzheim. Ses origines ont sont fort lointaine, comme en atteste la date DCCVII (707) gravée dans le socle de la Vierge de piété à gauche du chœur. On peut aussi citer les entrelacs lombards scellés dans le mur gauche qui témoignent d’un lieu de culte à l’époque mérovingienne.

Un parchemin daté de 869 du roi Lothaire de lorraine stipule que les sœurs de Zurich deviennent propriétaires d’une cour royale sise à Kientzheim. Cette cour royale comporte des biens et entre autres, une chapelle ayant rang d’église paroissiale. Les moines Cisterciens du couvent de Lucelle rachètent ces biens en 1292 et ne les quitteront qu’en 1795 lorsque la chapelle sera vendue comme bien national. Rachetée en 1810 par les paroissiens, elle sera restaurée en 1866. Elle traversera sans encombre les guerres de 1870 et 1914-1918. Mais en décembre 1944, lors des combats de la Libération, un obus disloque le clocher.

La foudre le touche le 15 août 1945. Il faut alors dynamiter l’édifice qui restera en l’état jusqu’en 1963, date à laquelle la commune de Kientzheim fait reconstruire la chapelle, chère au cœur des paroissiens, dans des dimensions plus réduites.

La chapelle actuelle

La chapelle est rendu au culte en 1966. Trois cloches (Saint Félix, Sainte Régule et notre Dame des Pleurs) appellent les fidèles à la prière. La chapelle reconstruite est un édifice simple avec une nef axée vers le chœur reposant sur des pilastres corniers, des chapiteaux et des nervures de l’ancienne voûte romane. L’intérieur du sanctuaire éclairé par six fenêtres, aux vitraux assortis, reflètent la sobriété. Le plafond est en bois et le sol est dallé de briques klinker. Un portail gothique portant les marques des tailleurs de pierres donne accès à la sacristie.

L’événement miraculeux

La deuxième moitié du XVe siècle est une époque douloureuse pour l’Alsace qui subit des invasions : les Armagnacs, les Bourguignons, les Suisses. De plus, les villes libres de la seigneurie du Hohlandsbourg désirent se libérer de la tutelle du seigneur Jean de Lupfen.

L’armée des villes de la décapole (10 villes libres d’Alsace) incendient l’église fortifiée de Sigolsheim, village voisin. Des personnes pieuses découvrent dans les ruines fumantes, les statues de la Vierge Marie et de saint Jean intactes et les transportent dans la chapelle que vous visitez. Et c’est ici que le jeudi 7 août 1466, vers 14 heures, les deux statues se mettent ostensiblement à pleurer.

« Des larmes coulaient fraîchement de leurs yeux sur les joues et jusqu’au col. »

Extrait de l’acte de notaire attestant les faits miraculeux d’août 1466

Ce miracle est attesté par des centaines de témoins interrogés individuellement par le notaire impérial.

« Après ces événements, beaucoup de fervents chrétiens sont portés à visiter la statue de la bienheureuse Vierge et beaucoup de miracles ont lieu par son intercession. C’est ainsi que s’établit un pèlerinage qui est devenu célèbre » (Livre des Miracles de Dom Bernardin Buchinger).

L’essor du pèlerinage

Dès 1467, des pèlerins affluent :

  • pour vénérer les statues miraculeuses de la vierge et Saint Jean,
  • demander l’intercession de Marie pour des guérisons,
  • pour remercier la Vierge après un voeu, une guérison,
  • pour accomplir un acte de pénitence et fortifier leur foi.

Ils viennent de toutes l’Alsace, bien sûr, mais aussi du pays de bade, de Suisse, du Würtemberg, du Tyrol, de Bourgogne, des Vosges et de Franche-Comté.

Ils marchent seuls ou en famille, souvent pieds nus et en silence ou en prière en guise de pénitence. Le rayonnement spirituel du pèlerinage de Notre Dame de Kientzheim est tel, que de nombreuses paroisses l’effectuent chaque année en procession pour offrir leurs prières, des cierges, chanter le Salve Regina et prier l’Angélus. Cette coutume perdurera jusqu’à la dernière guerre.

Les offrandes

Dès son arrivée, le pèlerin vient prier à la chapelle. Le lendemain matin, il participe à la messe. Il n’oublie pas son offrande en fonction de la rondeur de sa bourse. Ces offrandes prennent diverses formes : des dons en espèces, mais aussi des cierges, des bagues et bracelets, des croix, des broderies, des vêtements… Des pèlerins offrent un ex-voto en remerciement ou à la suite d’un vœu. Les ex-voto peuvent être un tableau peint, brodé, sculpté ou d’autres objets tels que des plaques de marbre, parties de corps en bois, tôle, en terre cuite ou en cire. Les murs, petit à petit, se tapissent de béquilles, de prothèses de membres, de cannes et bâtons. Beaucoup de ces témoignages ont disparu lors de la restauration de la chapelle en 1866.

Les ex-voto peints

Du XVIIe au XIXe siècle, les pèlerins offrent des images votives sous forme de tableaux peints sur toile, bois ou carton. Dans notre chapelle, 109 ex-voto peints de 1667 à 1848 représentent la collection la plus riche d’Europe du nord.

On distingue des ex-voto d’intercession et des ex-voto de remerciement ou de reconnaissance après un miracle. En général, les ex-voto sont presque tous construits de la même manière :

→ la relation du fait divers, c’est-à-dire l’événement extraordinaire qui a motivé le don de l’ex-voto : c’est la partie terrestre ;

→ la deuxième partie du tableau est constituée par la représentation du ou des saints qui intercèdent ; c’est très souvent l’image de la Vierge et Saint Jean qui entourent le Christ ou une Vierge à l’enfant : c’est la partie céleste.

Le plus vieil ex-voto d’Alsace daté de 1667 est celui de Caspar Helbing (mur gauche près des statues miraculeuses).

Nous pouvons affirmer que les ex-voto sont des témoins de l’état d’âme de nos ancêtres, qui « nous montrent cette grande confiance dans la planche du salut que pour eux était Dieu. ».

Crédits

Textes : Bernard MARCK
Photos : © Société d’Histoire de Kientzheim – Hugo ALTINOK